Vous n'êtes pas identifié
( connexion)
Champignons du Québec
g
 

[1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19] [20] [21] [22] [23] [24] [25] [26] [27] [28] [29] [30] [31] [32] [33] [34] [35] [36] [37] [38] [39] [40] [41] [42] [43] [44] [45] [46] [47] [48] [49] [50] [51] [52] [53] [54] [55] [56] [57] [58] [59] [60] [61] [62] [63] [64]

 

En communication avec Index Fungorum...

par

Trémelles et analogues

par

Roland Labbé

 

La chair de la majorité des espèces de ce groupe a une propriété que les autres champignons n’ont pas. Lorsqu’elle est imbue (gorgée d’eau), elle gonfle et le basidiome prend sa forme normale et est alors reconnaissable. À la dessiccation, la chair peut diminuer énormément de volume et le basidiome prend souvent la forme d’un mince film, au point qu’on se demande s’il s’agit bien d’un champignon. C’est que la chair est contenue dans une matrice gélatineuse ou caoutchoutée qui enfle ou se dégonfle selon l’hygrométrie. Le basidiome est donc habituellement gélatineux, rarement tenace. Le groupe est aussi appelé communément Champignons gélatineux ou ‘"Jelly fungi" par simplification et réunion de la majorité d’entre eux.

 

Ils ont des formes, des tailles et des couleurs diverses. Ils varient de la simple goutte de gelée amorphe presque invisible à celles étalées, pulvinées, cérébriformes, discoïdes, cupulées ou obconiques. Les formes les plus évoluées vont jusqu’à dressées, clavées, ramifiées, foliées, spatulées, infundibuliformes, auriculoïdes ou linguiformes, etc. On voit rarement un chapeau et moins souvent encore un pied ou un pseudopied. Leur dimension varie de 1mm jusqu’à 15-20 cm de diam. Certaines espèces ne forment pas de basidiomes car elles vivent à l’intérieur d’autres organismes, champignons ou plantes. La couleur jaune prime pour ce groupe, bien que plusieurs soient hyalines, blanches, roses, brunes ou noires. Des genres à basidiomes étalés comme Basidiodendron, Exidiopsis, Protodontia sont très souvent étudiés avec les Corticiacées s.l.

 

Deux grands caractères microscopiques réunissent en plus ce groupe :

 

1.       Le premier est partagé par presque l’ensemble des espèces, c’est le fait de produire des hétérobasides.

2.       Le deuxième est dispersé dans les espèces du groupe, mais fréquent, c’est la capacité des spores de germer en d’autres spores ou en conidies.

 

Voyons-les séparément.

 

Les basides sont dites holobasidiales ou hétérobasidiales. Les holobasides (= homobasides) sont entières. Ce qui veut dire que cette structure n’est aucunement divisée par des cloisons, qu’elle est unicellulaire et que les stérigmates qui produisent les spores arrivent toutes de cette même cellule. De plus, ces stérigmates surviennent seulement une fois la baside mature, ne provenant pas d’aucune cellule basale. De telles basides sont la norme chez les Basidiomycètes. Les hétérobasides (= phragmobasides), par contre, sont modifiées. Elles ont des cloisons (septa) horizontales ou verticales et sont ainsi pluricellulaires. Dans ce cas, des prolongations apicales jouant le rôle de stérigmates arrivent chacune d’une cellule différente. Les basides peuvent être aussi incomplètement ou non cloisonnées, étroites. Dans cet autre cas, les propagations apicales sont fourchues, en diapason. C’est ce trait de caractère microscopique unique partagé par ces espèces qui les distingue de tous les autres Basidio. Ce qui est plus frappant encore est que ces basides sont comme produites en deux temps. D’abord, une cellule arrondie à paroi épaisse se forme. Elle est appelée probaside. Elle se divise ou non en d’autres cellules selon l’orientation des septa. De la probaside germe la véritable baside d’où se développent des prolongations apicales appelées épibasides, jouant le rôle de stérigmates, soit à partir de chacune des cellules divisées ou de la probaside même. Donc, les véritables basides de la classe Phragmobasidiomycètes sont formées de probasides et d’épibasides, une cellule à la base et des épibasides au-dessus. Le nombre de cellules habituelles basidiales et de 4 et celui des épibasides aussi de 4.

 

Les ballistospores des Basidio ne peuvent normalement pas germer en d’autres propagules. Elles ne peuvent se répliquer. Par contre, chez la plupart des ordres de champignons gélatineux, ces spores germent par répétition. Elles forment des stérigmates secondaires desquelles de plus petites spores secondaires sont produites ou lorsque septées, elles germent par production de conidies ou de tubes de germination. En microscopie, on voit des spores germant directement d’une autre spore ou sur de courts stérigmates ou filaments formés sur cette spore, plusieurs parfois autour d’une même spore primitive. On dit alors qu’elles germent en spores ou conidies secondaires. Le but de ce processus est d’augmenter la quantité et le volume de ces propagules, parce que spores et conidies sont des propagules de reproduction. Une des raisons qui expliquerait cette propriété serait justement l’état gélatineux des basidiomes. Ceux-ci ont beau produire des ballistospores mais ces dernières ne réussissent pas ou très peu à échapper de leur état visqueux ou collant. Elles seraient comme emprisonnées sur ceux-ci et n’atteindraient que difficilement le milieu ambiant pour que le cycle continue. Les spores produisent donc des propagules en surplus afin d’arriver à germer dans le bon substrat.

 

Ces spores sont globuleuses, subglobuleuses, cylindriques, allantoïdes ou de forme particulière, lisses, hyalines ou rarement brunes, souvent à paroi mince. Les hyphes des basidiomes ont des parois gélatinisées d’épaisseur variable. Les boucles sont présentes chez la plupart des espèces. Certains hyméniums contiennent, en plus des basides, des éléments stériles comme les gloeocystides et les dicaryophyses clavées ou ramifiées. Des conidies, oïdies et arthroconidies surviennent chez certaines espèces.

 

Les champignons gélatineux sont saprophytes ou parasites, vivant sur le bois de feuillus ou de conifères de différents stades de décomposition. Plusieurs sont restreints à des hôtes spécifiques. D’autres parasitent d’autres champignons, des plantes à fleurs, des fougères ou des mousses. Quelques taxa surviennent sur le sol. Ils se rencontrent durant toute l’année, le plus souvent en fin d’été ou à l’automne, mais certains donnent leurs basidiomes au printemps seulement. Ils résistent à des conditions extrêmes comme la sécheresse et le gel et sont capables de poursuivre la production de basides et de spores même après de telles périodes. Le mycélium reste habituellement producteur de basidiomes pendant plusieurs années, mais les basidiomes eux-mêmes sont annuels. Par temps doux l’hiver, on peut très bien détecter des pousses de Dacrymyces et de Tremella sur les arbres.

 

Les Phragmobasidiomycètes sont représentés par des ordres ayant soit des basides septées ou des spores répétitives. La taxonomie fondamentale est souvent basée sur les caractères ultra-structuraux. Les Platygloeales incluent les taxa à basides septées transversalement, à basidiomes peu évidents et à mode de vie saprophytique ou parasitique. Les Atractiales ont aussi des basides septées transversalement, mais ils ont un développement gastéroïde, leur masse sporique sèche étant disséminée passivement. Les Syzygosporales, telle que S. mycetophila, ont des basides qui peuvent être septées longitudinalement et leurs spores germent par bourgeonnement en blastoconidies. Leurs basidiomes sont non définis et ils sont des parasites de champignons. Les Exobasidiales ont des holobasides, mais leurs caractères ultra-structuraux les placent dans ce groupe. Ce sont des parasites de plantes, telles que les Rhododendrons. Les Tremellales se caractérisent par la présence d’haustéries, sortes de pièges qui sont utilisés pour parasiter d’autres champignons Leurs basides sont globuleuses ou piriformes et habituellement septées longitudinalement en 4 cellules, rarement en 2. Les Auriculariales ont des basides septées trans-versalement ou longitudinalement. Les Dacrymycétales n’ont pas de basides véritablement septées, mais d’apparence furquée, de forme Y ou diapason. Finalement, les Ceratobasidiales appartiennent à ce groupe à cause des leurs spores répétitives, mais autrement, ils forment un lien avec le reste des Holobasidiomycètes. Les Tulasnellales ont des basides de forme spéciale, à stérigmates renflés et leurs spores sont répétitives, mais la taxonomie moderne les classe maintenant aussi avec les Holobasidiomycètes. Le plus souvent, ce sont 4 familles qui sont confrontées, les Auriculariacées, les Exidiacées, les Dacrymycetacées et les Tremellacées.

 

Quand on additionne la texture gélatineuse, les basides modifiées, les spores répétitives, la pousse fréquente sur autres champignons pour les espèces plus petites, on arrive à ce groupe de champignons. Bien qu’une grande majorité d’entre eux ont des formes minimes ou ressemblantes et loin d’être facilement identifiables à première vue, on est toujours étonné à chaque fois que l’on voit les spatules abricot orangé du Tremiscus helvelloides ou celles dont le revers est couvert d’aiguillons qui la feraient classer avec les Hydnes si ce n’était de sa chair gélatineuse tremblante et de ses basides septées longuement stipitées, le Pseudohydnum gelatinosum. Dire qu’une d’entre elles ressemble à une oreille humaine, Auricularia americana, que l’on peut consommer, relève plus d’un merveilleux mimétisme que d’un cas de cannibalisme. Que dire aussi de ces masses cérébriformes qui poussent sur les colonies de Gymnopus dryophilus et qui sont plutôt des galles genre tumeurs causées par Syzygospora mycetophila. Ce sont les tissus mêmes de l’hôte qui réagissent à cet agresseur et on se croirait ici en oncologie. La famille à laquelle appartient l'espèce a un nom d'ailleurs très révélateur, les Carcinomycetacées. On peut finir par les Sebacina qui se prennent pour des Tremella, les Tremella pour des Exidia ou des Dacrymyces ou vice versa, les Calocera ou les Tremellodendron pour des Clavaria, les Elmeria pour des polypores, ce n’est pas peu dire sur leurs déguisements. On se croirait plutôt dans un bal masqué ou dans un club de travestis. De plus, certaines espèces du groupe Ascomycètes, telles que celles des genres Ascocoryne, Ascotremella, Bulgaria, Leotia, Neobulgaria ou Sarcosoma, ont une texture gélatineuse équivalente. Ce qui peut créer encore plus de confusion si la présence ou non d’asques ou de basides n’est pas démontrée.

 

La comestibilité de ces espèces, quoiqu'inoffensives, ne vaut pas la peine, sinon qu'elle égale celle de la gélatine, du jello ou du caoutchouc. La grande oreille asiatique, A. polytricha, cultivée presque partout en Asie et vendue partout dans le monde, joue très bien son rôle dans le ''plus volume ajouté'' de tant de mets dits chinois. Celle américaine, A. americana, saute effectivement au plafond de la cuisine lorsque justement vous la faites sauter dans un poêlon à feu trop rouge.

 

 

Description de l'espèce