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Ascomycètes
par
Roland Labbé
De très loin, les Asco surpassent en nombre les Basidio. D’incalculables petites espèces existent, comme le dédale des multiples minuscules "pézizes", qui sont mêmes invisibles à l’œil nu. Les plus grosses espèces ne sont que quelques unes et sont comparativement faciles à reconnaître, telles que Gyromitres, Helvelles, Morilles et Verpes. Ces dernières, malgré qu’elles aient un pied et un chapeau, sont loin d’avoir une forme en parasol comme le sont les Basidio lamellés aussi à pied et à chapeau. On peut donc d’ores et déjà affirmer que les formes des Asco ne correspondent pas en général à celles des Basidio et que distinguer d’emblée les uns des autres est plutôt facile.
Malgré leur diversité de formes, un seul caractère unit les Asco, soit la présence d’une cellule microscopique allongée ou arrondie dans laquelle les spores sont produites, l’asque (ou thèque). C’est la base même de séparation entre les deux grands groupes de champignons que l’on récolte, les basides étant l’apanage des Basidio. Les ascospores maturent donc dans ce sac fermé au nombre habituel de 8 et sont expulsées activement à maturité par un mécanisme quelconque d’ouverture (déhiscence) de cet asque, un opercule, un bouchon, un pore, un appareil apical, un anneau, une dégénérescence ou autre encore? Ce sont donc des ballistospores. Mêmes certaines levures microscopiques que l’on connaît produisent des asques, les Candida, agent de muguet buccal, les Saccharomyces, agent de fermentation du pain, du vin et de la bière. Et de nombreuses moisissures aussi, Aspergillus et Penicillium compris.
La fructification récoltée se nomme ascome. Elle est soit épigée ou hypogée, puis semi ou entièrement épigée. L’ascome peut avoir sa partie fertile entièrement exposée, c’est dire que les spores ne sont pas enfermées dans une autre cellule que celle de l’asque et sont ainsi directement exposées à l’air libre une fois expulsées. L’ascome peut avoir aussi sa partie fertile incluse dans une autre cellule plus grande, comme une chambre d’incubation, et les asques doivent pouvoir en sortir pour enfin expulser leurs spores. Ces grandes cellules supplémentaires dont les parois sont tapissées d’asques sont souvent minimes ou microscopiques et elles peuvent être simples ou multiples. Ce sont des ascomes au même titre que les autres.
Quand cette chambre d’incubation est plutôt piriforme et porte une ouverture à son sommet (l’ostiole), l’ascome se nomme périthèce. Les asques ne restent pas toujours enfermés et sont à leur tour expulsés en file indienne par cet ostiole. Quand cette chambre d’incubation est plutôt ronde et qu’il n’y a aucune ouverture, l’ascome se nomme cléistothèce. Dans ce cas, les asques restent toujours enfermés et pour qu’ils puissent être libérés, l’ascome doit se désintégrer ou se faire désintégrer. C’est le cas par exemple des truffes ingérées par les rongeurs. Les spores se retrouvent intactes dans l’environnement grâce aux excréments de ces animaux.
Certains Asco sont aussi capables de produire des structures stériles étalées, pulvinées, arrondies, dressées ou dressées ramifiées au début, comparables uniquement à une chair sans partie fertile, les stromas, dans lesquels se creusent progressivement des cavités de surface ou plus profondément, en une assise ou plus, qui vont devenir soit des périthèces ou des cléistothèces, simples ou multiples. On peut voir ces cavités à la coupe des ascomes ou des stromas, les décrire, les mesurer et les dénombrer. C’est le cas notamment des Cordyceps, des espèces à texture et couleur charbonneuse des Xylariacées, Hypoxylon, Kretzschamaria, Xylaria, et des Elaphomyces respectivement.
Pour les Asco dont la partie fertile est d’emblée directement exposée ou qui devient exposée à maturité, l’ascome se nomme apothèce. Il peut être simple ou complexe, surmonté ou non d’un pied, mais le plus souvent il prend la forme d’un disque ou d’une coupe que l’on appelle affectueusement "pézize" puisque nous sommes vite surpassés par leur nombre et leur petitesse. Mais leur beauté impressionne toujours peut importe leur taille. Ainsi donc, et le plus simplement possible, les Asco qui produisent des apothèces sont encore nommés Discomycètes, ceux qui produisent des périthèces, Pyrénomycètes, et ceux qui produisent des cléistothèces, Plectomycètes, même si ce système ne respecte plus actuellement la systématique moderne.
Les Asco sont caméléons. Les Taphrina, agents de rouilles, ne forment aucun ascome. Ils produisent directement leurs asques en rangées sur les feuilles. D’autres comme les Hypocrea, donnent des croûtes et les Ascocorticium s’étalent sur le substrat à la manière des Corticiacées. D’autres encore ont une texture gélatineuse qui laisse croire à des Trémelles. La vérification de la présence d’asques est donc souvent obligatoire. Ce qui est plus curieux, c’est que plusieurs Asco produisent des formes totalement dépourvues d’asques, soit isolément ou jumelées à celles ascogènes. On est confondu alors à deux formes qui réfèrent pourtant à la même espèce. Ces formes portant des binômes latins différents, il est difficile pour les non initiés de faire le lien entre elles. En exemple classique, Tubercularia vulgaris est la forme imparfaite de Nectria cinnabarina qui lui est la forme parfaite et donc l’ascome.
Aucun substrat ou habitat n'échappe aux Asco. Leur mode de vie peut être saprophytique, mycorrhizique ou parasitique. Certains se sont spécialisés, comme les Onygena poussant uniquement sur des substrats kératinisés, plumes, laines, poils, cornes et sabots d'animaux, ou les Ciboria sur chatons et fruits d'arbres ou d'arbustes. D'autres ont poussé le parasitisme jusqu'à la pathogénie, comme le Nodule noir du cerisier, l'Ergot du seigle ou les agents de la maladie hollandaise de l'orme, Ophiostoma ulmi et novo-ulmi.
Leur comestibilité concerne surtout les plus grandes espèces, Mitrophores, Morilles et Verpes. Mais là, on a affaire sans aucun doute aux meilleurs comestibles du monde fongique, tout en sachant qu'il ne peuvent être consommés crus.
On est encore loin d’en finir avec les Ascomycètes.
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